T'as de la misère à aimer la pute
par Claire Thiboutot
T'as de la misère à aimer la pute
Je suis pute
Je suis pute parce que je loue ma présence, mon écoute, l'image de mon
corps ou bien des parties de ce corps : mes mains, ma bouche, mon anus,
mon vagin.
Je suis pute parce qu'objet de tes désirs, mais aussi parce que je suis femme, sujet de mes propres désirs, femme désirante. Dans ton cadre, il n'y a de la place que pour les «vierges épouses» ou pour les putains et les salopes. Tu ne m'as pas laissé tellement le choix, c'est vrai. Parce que femme de désirs, je suis pute et j'en ai même fait ma survie.
Je suis pute et c'est bien parce que tu as besoin de moi. Dans ce système capitaliste et patriarcal qui engendre le mal d'amour et la misère sexuelle, on y trouve tous notre compte. Je suis pute. Tu me vénères et me méprises à la fois. Tu me couvres de stigmates et pourtant je garde la tête haute. Tu me trouves indépendante, insoumise et même révoltée parfois. Oui et puis après?
Pour toi, psy ou travailleur social, je suis pute et tu me prêtes comme allant de soi une enfance malheureuse, remplie de misère et de violence et je te dis merde.
Je suis pute et pour toi, médecin ou «lologue tout azimut», je suis objet à assainir, à désintoxiquer, à responsabiliser, à prendre en charge, à guérir, à «réinsérer» dans la société. Encore je te dis merde.
C'est vrai que t'as de la misère à aimer la pute. Je t'entends et te réponds que t'as seulement oublié la femme derrière la pute. Les femmes, devrais-je dire. Je n'en suis pas seule, on est plusieurs. On a toutes nos histoires, nos misères, nos désirs, nos petits bonheurs aussi. T'as voulu aller trop vite. T'as oublié nos différences, notre pluri-elle.
C'est vrai qu'au travail la pute n'est pas une femme. La pute se prête mais ne se donne jamais. Son essence et son cœur de femme ne sont pas au travail. Sa sexualité de femme aussi est ailleurs. La pute se conforme aux désirs de l'homme, du client. Ses désirs à elle sont ailleurs....
