Encore un rapport qui laisse tomber les travailleuses du sexe
Montréal, 13 décembre 2006.
Ne cherchez aucune réforme législative significative pour les travailleuses du sexe dans le rapport déposé aujourd'hui par le Sous-comité de l’examen des lois sur le racolage du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes. « Après avoir entendu des dizaines de travailleuses et travailleurs du sexe d’un peu partout au Canada, le sous-comité semble avoir porté davantage attention aux témoignages conservateurs des personnes préoccupées d’ordre moral et public plutôt qu’aux nôtres », de dire Claire Thiboutot, directrice générale de Stella.
Dans ses recommandations, le Sous-comité met l’accent sur la prévention de la prostitution et la réhabilitation des prostituées. « Nulle part le sous-comité n’ouvre la porte à une possibilité de reconnaissance du travail du sexe comme travail », d’ajouter Jenn Clamen, coordonnatrice à la mobilisation chez Stella. « Pourtant, seule cette reconnaissance permettrait de s’assurer que les droits des travailleuses soient respectés à travers l’application des normes du travail et des lois sur la santé et la sécurité au travail. »
Nous partageons les préoccupations du Sous-comité quant à la violence et aux abus de toutes sortes qui se produisent dans nos milieux. « D’expérience, nous savons toutefois que le droit criminel en matière de prostitution non seulement échoue à nous protéger, mais contribue à générer plusieurs formes de violence à notre égard, notamment de la brutalité policière et des agressions voire des meurtres de travailleuses du sexe », d’ajouter Mme Thiboutot. La criminalisation de nos pratiques nous isole, nous marginalise et nous rend donc plus vulnérables à la violence.
Le statut quo est inacceptable. Seule la décriminalisation de notre gagne-pain peut nous permettre de protéger nos droits humains : droit à la santé, à la sécurité et à la dignité et respect des choix que nous faisons en tant qu'adultes. Selon Mme Clamen : « À quelques jours seulement de la Journée internationale contre la violence faite aux travailleuses du sexe (17 décembre), nous aurions apprécié plus de courage et de volonté de réforme de la part du sous-comité. En tant que Canadiennes, nous aurions aimé être davantage outillées pour lutter contre les violences qui sont faites aux travailleuses du sexe et avancer vers la reconnaissance de notre citoyenneté! »
À propos de Stella
Stella est un groupe communautaire crée et géré par et pour des travailleuses du sexe de Montréal. Depuis 1995, les travailleuses du sexe impliquées à Stella luttent dans le but d’améliorer les conditions de vie et de travail des travailleuses du sexe, promouvoir leur santé et faire respecter leurs droits humains. Stella s’adresse aux femmes, travesties et transsexuelles et assure un présence constante dans les divers lieux de pratique du travail du sexe : rues, agences d’escortes, salons de massage, bars de danseuses et autres. Au fil des ans, Stella a développé une pratique importante de défense de droits tout en militant contre la criminalisation des vies et du travail des travailleuses du sexe.
Pages reliées :
Le défi (raté) du changement : Analyse du rapport du Sous-comité de l’examen des lois sur le racolage, Réseau juridique canadien VIH/sida avec la collaboration de Stella et de Maggie's, 01.02.2007
Rapport parlementaire sur la prostitution : Retour à la case départ pour les travailleuses du sexe, Stella, 20.12.2006
Le rapport des Communes sur la prostitution oublie les travailleuses sexuelles, Réseau juridique canadien VIH/sida, 13.12.2006
Commons Report Ignores Sex Workers' Voices, Undermines Sex Workers' Rights, Maggie's, 12.12.2006
Sexe, travail, droits : réformer les lois pénales du Canada sur la prostitution, Réseau juridique canadien VIH/sida, 01.11.2005
