Une pétition de 720 noms pour soutenir les travailleuses du sexe
C’est durant la soirée du 4 février 2003 que Claudia a pris le micro lors de la séance de rencontre de quartier, afin de remettre une pétition qui circulait déjà depuis plusieurs mois. Nous avons réussi à avoir 720 signatures contre le harcèlement des policiers exercé envers les citoyens et/ou travailleurs du sexe et/ou utilisateurs de drogues du Centre-sud. «…où nous avons le droit de manger une pointe de pizza, faire un téléphone, socialiser et s’habiller de façon sexy sans être suivi, avoir à s’identifier, se faire dire de retourner à la maison ou se faire traiter comme une ordure». Un lourd silence régnait dans la salle pendant que Claudia parlait. Elle était si touchante que lorsqu’elle termina, la salle retentit d’applaudissements spontanés.
Martin Lemay, un des représentants élus du quartier, l’a tout d’abord félicitée pour son courage. Il a ensuite viré son chapeau de bord. Il n’a pas abordé le sujet de sa demande d’être traitée comme une citoyenne à part entière ou sa demande de travailler ensemble d’une manière plus constructive sur des solutions. Au lieu de ça, il lui a dit que le Centre-sud a besoin d’équilibre et de paix et que c’est malheureusement «…les femmes qui travaillent qui ont fait basculer l’équilibre dans le quartier l’été dernier». Il a aussi dit que personne n’avait demandé une répression policière; ils ont demandé une présence policière (comme si elle, qui a été suivie, sur qui on a dirigé des phares de voiture de police et qu’on a menacée, ne pouvait pas faire la différence). Il lui a ensuite dit que la Ville travaillait à un plan, conjointement avec la police, afin d’investir dans des centres de désintoxication et des programmes de réhabilitation. C’est comme s’il lui avait dit que les experts s’occupaient de ça parce qu’ils savent ce qui est bon pour elle.
Mais le mot est passé et les applaudissements se sont fait entendre et Claudia est fière et prête à continuer à prendre le micro. Ce qui suit est le discours prononcé la veille de déposer la pétition :
Mon nom est Claudia et je suis résidante et travailleuse du sexe dans le quartier Centre-sud depuis 15 ans.
Je viens ce soir pour déposer une pétition suite à ce que nous vivons sur la rue Ontario depuis septembre 2002. Je pose ce geste en mon nom et au nom des personnes qui me sont chères et qui n’ont pas le courage de venir parler devant vous.
Nous croyons que la sécurité de l’ensemble des citoyens du secteur passe par la confiance dans la police de quartier. Il faut que les travailleuses du sexe, les personnes itinérantes et-ou toxicomanes, qui sont aussi des citoyennes, soient capables de demander de l’aide aux policiers lors des situations de violence. La façon dont les opérations policières sont menées depuis septembre minent notre confiance en eux. Le harcèlement de certains patrouilleurs nous fait peur et nous empêche de demander leur aide quand nous en avons besoin. De plus, la répression sur la rue Ontario nous pousse à travailler dans des zones plus isolées, moins sécuritaires, ce qui nous rend plus vulnérables aux agressions sans faire disparaître les irritants.
Je vous demande donc au nom des 700 signataires de la pétition de tenir compte de ces méfaits lorsque vous planifierez les opérations du printemps prochain. Je vous demande également d’explorer des approches moins répressives. Pourrait-on par exemple, avant le printemps, travailler ensemble sur la question des zones de travail?
En attendant, nous tenons à vous rappeler avec cette pétition que :
Nous sommes citoyennes et citoyens et/ou travailleuses et travailleurs du sexe et/ou consommateurs et consommatrices de drogues
Nous pouvons être sur la rue Ontario où :
Nous avons le droit de se promener sans pièces d’identité
Nous avons le droit de socialiser
Nous avons le droit de s’asseoir sur un banc public
Nous avons le droit d’être dans un parc avant 23 heures
Nous avons le droit de prendre une pause cigarette
Nous avons le droit de manger un pointe de pizza
Nous avons le droit de faire un téléphone
Nous avons le droit de s’habiller de façon sexy
Nous avons le droit de se travestir sans devoir s’identifier constamment, sans se faire suivre, sans recevoir de contraventions, sans être agressé-es par les lumières des autopatrouilles, sans être menacé-es, sans être interpellé-es de façon vulgaire, sans être traité-es comme un déchet.
Claudia
