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Moi et mon travail

Lors de nos rencontres préparatoires au Forum XXX, la séance consacrée à ce thème a été très touchante. La quasi totalité des travailleuses du sexe présentes ont dit que le fait d'avoir connu Stella leur a permis de briser leur isolement. Fréquenter Stella a été l'occasion d'apprendre que d'autres travaillent différemment, d'échanger des trucs du métier et des informations essentielles sur le sexe sécuritaire, la santé et la sécurité au travail. Par exemple : comment négocier le port du sondom avec un client, établir, respecter et faire respecter ses limites. Bien que pour plusieurs, il n'a pas été facile de franchir la porte de Stella, toutes auraient aimé avoir connu Stella plus tôt, et ceci est vrai autant pour celles qui travaillent toujours que pour celles qui ont arrêté le travail du sexe.

Notre participation aux diverses actions et activités de Stella nous a placées devant nos propres préjugés, notamment en ce qui a trait aux diverses formes de travail, aux classes sociales des travailleuses du sexe et aux conditions économiques qui diffèrent d'un travail à l'autre; par exemple celles des travailleuses sur la rue et celles des escortes de luxe. À Stella, nous sommes multiples et nous avons toutes à apprendre les unes des autres.

Les personnes présentes à cette rencontre ont de plus in­sisté pour souligner que, depuis qu'elles connaissent Stel­la, elles se sentent considérées, respectées, plus fortes et reconnues dans leur intelligence, leur cœur et leur dignité. Dans leur expertise de travail aussi. En somme, nous pou­vons dire que notre présence à Stella nous informe mutu­ellement, dans la diversité des vécus et des expériences des personnes qui font ou ont fait du travail du sexe. Nous pouvons dire aussi que Stella est un espace qui favorise la confiance en soi, où l'on se sent dignes et solidaires, où l'on développe un sentiment d'appartenance. Et déjà, à cette toute première des huit rencontres bilans et perspec­tives, il est clairement ressorti que toutes nos histoires in­dividuelles rassemblées deviennent les arguments même de notre bataille, de notre lutte collective. Notre privé est politique! Notre lutte est politique!

Comment consolider la solidarité?
Maintenant, comment peut-on s'améliorer à Stella? Quelles seraient les stratégies à mettre de l'avant et à déployer afin de rejoindre encore plus de travailleuses du sexe? Com­ment en arriver à faire en sorte qu'elles s'y sentent bienv­enues et qu'elles y aient leur place ou, tout au moins, qu'elles sachent que Stella existe, qu'elles aient accès à nos outils d'information, qu'elles ne se sentent pas seules mais con­cernées? Qu'elles n'aient pas peur de venir chez nous. Qu'est-ce que Stella pourrait faire de mieux et de dif­férent à l'avenir pour consolider la solidarité, les connais­sances, la dignité et la confiance en soi? C'est ce à quoi nous avons tenté de répondre lors de la deuxième réunion du thème Moi et mon travail, consacrée aux perspectives d'avenir.

Il a été souligné que la stigmatisation des travailleuses du sexe reste très forte et difficile à vivre non seulement en société, mais aussi entre nous. Nous nous sommes po­sées beaucoup de questions sur l'identité de travailleuse du sexe : est-ce qu'être travailleuse du sexe peut constituer une identité? Pour certaines oui, pour d'autres non, mais pour toutes le travail du sexe demeure une activité généra­trice de revenu.

Nous nous sommes aussi posé des questions sur le fait que certaines femmes ont peur de s'identifier à Stella. Peur de perdre leur boulot si elles militent trop. Ou peur de la stigmatisation si leurs collègues apprennent qu'elles sont séropositives.

Plusieurs stratégies à déployer
Les idées de stratégies n'ont pas manqué. Par exemple : il serait important que Stella travaille à sensibiliser les travail­leuses du sexe aux faits réels, aux pratiques sécuritaires et aux responsabilités légales quant au VIH-SIDA. Que Stella soutienne les femmes atteintes qui travaillent dans l'industrie du sexe. Qu'on en parle entre nous et que l'on s'offre mutuellement du support.

Plusieurs autres idées sont ressorties de cette rencontre. Ainsi, il a été signalé qu'à une époque, Stella était beaucoup plus présente dans les médias, et ceci avait grandement contribué à se faire connaître des autres travailleuses du sexe. Il serait bon de continuer à se faire entendre dans les médias de masse, comme la télévision et les grands magazines.

Afin que nos conditions de travail s'améliorent, on pourrait, par exemple, refaire des campagnes genre "Respectons nos prix!", comme il y en a et à une certaine époque, et produire un guide pour les travailleuses indépendantes. Et un guide pour les sur l'importance de bien traiter les travailleuses. De même, il est de toute première importance de contacter des femmes  immigrantes. L'élément le plus crucial est sans contredit le fait que nous voulons gagner plus de pouvoir dans nos relations de travail. Que l'on ait un patron ou qu'on soit travailleuse autonome ou indépendante, nous voulons, nous les travailleuses du sexe, établir les lois du marché et en retirer de plus grands bénéfices. Il est primordial à cet effet de continuer à prendre la parole. Pour ce faire, nous pourrions nous approprier les ondes et créer notre propre émission de radio!

Finalement, il est apparu essentiel que Stella demeure bien présente dans les médias et continue son travail de sensibilisation, tant auprès des travailleuses du sexe que de la population en général. Il serait aussi grand temps que des clients prennent la parole. Que la société sache que les clients des travailleuses du sexe sont des pères, des fils, des voisins, des frères, et qu'ils en viennent à s'associer à la  lutte pour la reconnaissance du travail du sexe.
Et puis, au bout du compte, il ne faut jamais perdre de vue que Stella, c'est un outil forgé «par et pour travailleuses du sexe», par et pour toutes les travailleuses dans l'industrie.

Stella, c'est nous!
Au cours des dix dernières années, nous avons partagé nos histoires personnelles et des centaines de trucs du métier. La collectivisation de ces informations a donné naissance à la plupart de nos outils : la Liste des mauvais et le Guide XXX par exemple. C'est aussi grâce à ce partage, dans la solidarité et la proximité, que nous avons développé une approche unique de soutien par les paires.

Dans les pages qui suivent, vous retrouverez un peu de tout ça : anecdotes et témoignages, trucs et conseils, histoire du travail-terrain stellaire, etc. C'est parfois drôle, parfois tragique. C'est un regard sur la complicité qui nous unit, le moteur de nos actions collectives! Et, comme le décrit bien l'une d'entre-nous dans ces pages, «C'est bon comme rencontrer une femme de son pays pendant qu'on est en voyage!».