Les Lilis, Jackie Rêve et le parc Marie-Madeleine
Les Lilis
Parmi les danseuses des clubs de Montréal, six d'entre nous avons décidé de se rencontrer pour échanger et se détendre en rigolant, délirant! De là est ressortie l'idée de partir une association de danseuses pour :
• Briser l'isolement et empêcher la concurrence entre nous.
• Créer un espace pour qu'on puisse ventiler, s'offrir du soutien et des p'tits conseils sans prétention.
• S'unir pour améliorer nos conditions de travail malsaines (mauvaise hygiène, racisme, mauvais salaire).
• Combattre la discrimination faite envers les personnes oeuvrant dans l'industrie du sexe (les insultes, la criminalisation de notre travail...).
• Se tenir au courant de la loi, des descentes policières et des conditions de travail des différents clubs.
• Offrir des ateliers légaux, des soirées vidéos, des ateliers de danse et un petit journal pour nous rallier.
Pour rester fortes et sexy!!!
ConStellation, volume 3 numéro 2
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L'affaire de Jackie Rêve - De l'autre côté du trottoir
par Rebeca Stacey
19 août 1998 : Jackie Rêve, une prostituée transsexuelle, arpentait la rue Ontario angle Champlain. Les seins nus et pancarte en main, Jackie se déclarait en grève en guise de protestation parce que les forces policières ne la laissent pas travailler en paix. Le 2 septembre 1998, Jackie fait une conférence de presse afin de dénoncer le harcèlement et la répression policière, sans mentionner de nombreuses manifestations antérieures.
L'histoire, vous la connaissez, les médias l'ont rapportée en long et en large. Mais les dires de Jackie ont un autre côté qui n'a pas été vu ni expliqué. Jackie Rêve se bat en son nom, bien sûr, mais également au nom des autres victimes : les personnes marginales, exclues, itinérantes, celles qui travaillent dans la rue ou qui entretiennent un rapport étroit avec la pauvreté.
Je me suis permise d'aller rencontrer quelques groupes ou organismes de support aux personnes marginales. Selon Michael Hendrix d'Homolibre, la répression policière s'est intensifiée depuis quelque temps, particulièrement envers les prostituées transgenrées. «Jackie est un homme travesti en femme aux yeux des agents de police et elle est dans une position vulnérable. La vraie raison est que la police ne veut pas voir ce genre de personne.»
Ça nous amène donc facilement à de la discrimination par de la répression «classique», c'est-à-dire des arrestations pour des détails insignifiants tels que flâner sur la rue, déranger les passants et même cracher sur le trottoir. Évidemment, les policiers manquent de formation adéquate, ou bien encore ce sont certains qui abusent de leurs pouvoirs que leur uniforme leur donne, etc.
Pour sa part, Claudine Metcalfe de Dire enfin la violence affirme que depuis très, très longtemps, il y a beaucoup de problèmes entre les personnes gaies et la police. Avant 1969, être gai ou lesbienne était criminel. Les policiers pouvaient arrêter une personne en tout temps, pour toutes sortes de raisons. Aujourd'hui certains policiers (je dis biens certains et pas tous) sont restés avec cette idée-là...
Yves Manseau du Mouvement Action Justice quant à lui, affirme que les policiers sont mandatés pour nettoyer les rues. Certains d'entre eux «font du nettoyage en appliquant leurs propres valeurs à eux», lesquelles sont très différentes des gens de secteurs pauvres [...] Ainsi, les personnes marginales, malades, itinérantes, prostituées et toutes autres personnes aux prises avec la pauvreté «deviennent leur cible facile» d'abus, en partie par des accusations non fondées.
Personnellement, je crois que ça prend des personnes comme Jackie, qui s'affirment et s'opposent. Malheureusement, il y a encore beaucoup de chemin à faire.
ConStellation volume 1, numéro 4, décembre 1998
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Parc Marie-Madeleine - Conseillère d'un homme célèbre
Les travailleuses du sexe de la rue Ontario ont eu un été orageux. D'abord, les policiers ne se sont pas lassés de leur donner des contraventions pour flânage et pour d'autres raisons absurdes. Fin août, le Journal de Montréal faisait encore une fois preuve de "respect et de perspicacité" en ayant comme titre en page 4 : Rue Ontario : la prostitution sévit dans toute sa laideur. Cette affirmation ne fit qu'augmenter la présence de curieux dans le quartier et renforcer les tensions entre les citoyens et citoyennes non-prostitué-es et les travailleurs et travailleuses du sexe. En réaction, des prostitué-es rebaptisaient symboliquement le parc Charles-Mayer en parc Marie-Madeleine.
Claudia, porte-parole de cet événement qu'elle a initié, appuyée par d'autres groupes de travailleurs et travailleuses du sexe, « afin de faire savoir à la population du quartier que nous sommes là pour rester... Je voulais dénoncer le harcèlement policier pour qu'il cesse et pour que nous, les travailleuses et travailleurs du sexe, cessions de vivre de la culpabilité. Au même moment, je voulais revendiquer un coin sécuritaire et déterminer où l'on pourrait travailler enfin en paix. Un endroit bon pour nous mais aussi pour les autres citoyens et citoyennes et sans la menace policière. Et enfin pour décriminaliser notre métier... Rendre un service sexuel rémunéré lorsque les deux personnes sont consentantes, c'est un métier».
ConStellation volume 4 numéro 3, automne 1999
