Les premières années
Les premières années à Stella ont été incroyablement excitantes. Elles ont aussi été une période de brouillard.
Installés dans un local garni de matériel qui nous avait été donné, nous avons développé nos programmes et politiques et avons géré l'organisme avec environ 100 heures de travail par semaine réparties entre quatre personnes. Des douzaines de travailleuses du sexe passaient à l'organisme chaque semaine et plusieurs étaient rejointes via le travail de rue. Le «drop-in» servait un repas par jour (préparé avec des dons de nourriture) et offrait l'accès à des douches ainsi qu'à des installations de buanderie (les machines provenaient de dons).
Beaucoup de personnes ont présumé que nous tentions de «sauver» les travailleuses du sexe. Les hommes nous téléphonaient pour demander si nous pouvions leur donner nos tarifs. Les journalistes ne comprenaient pas pourquoi notre local était connu des travailleuses du sexe seulement; ils promettaient d'être très respectueux si nous les laissions le voir. Suite à notre refus, ils ont même essayé de nous suivre jusqu'au «drop-in». Quelques employés d'autres agences nous ont félicitées pour le travail que nous faisions et nous ont confié qu'ils ne pourraient jamais accepter de l'argent pour du sexe. Je me demande qui le leur a demandé.
Comme la plupart d'entre vous le savent, Stella a pris son nom d'une travailleuse du sexe de Montréal à l'époque de la première guerre mondiale. Son histoire a été racontée par Maimie, une femme qui a entrepris d'établir un centre de pairs aidants pour les travailleuses du sexe, il y a presque un siècle. Il semble même que Stella est toujours en train de réaliser les différents fantasmes des gens.
Pour le personnel et les douzaines de bénévoles qui ont fondé Stella, notre mission était claire : un endroit sécuritaire où l'on peut obtenir de l'information et rencontrer d'autres femmes qui ont fait face avec succès à des problèmes similaires fait toute la différence. Notre rêve était un organisme dévoué à la dignité et la sécurité des travailleuses du sexe. Nous en avons fait une réalité.
Karen Herland, coordinatrice à Stella pendant quatre ans, vient à peine de compléter un mémoire de maîtrise sur la façon dont les travailleuses du sexe ont été utilisées par les réformateurs, les politiciens et la police à Montréal après la première guerre mondiale.
