
ConStellation vol. 1.2 (avril 1997)
Sommaire
On change pour le mieux
Colloque sur l'identité et l'orientation sexuelle des jeunes de la rue
Portrait d’une travailleuse du sexe
Paradoxalement Vôtre
Témoignage
Saviez-vous ?
On change pour le mieux
Par Marie-Claude Charlebois
Les choses ont beaucoup changé chez Stella depuis le début de l’année 1997. À la suite de rencontres entre l’équipe, le conseil d’administration, des travailleuses du sexe et des bénévoles, nous sommes venues à la conclusion que nous devions procéder à de grands changements afin d’améliorer les conditions de vie et de travail des travailleuses du sexe.
Depuis notre ouverture en mai 1995, nous avons axé nos activités dans le but de rejoindre le plus grand nombre de travailleuses du sexe possible. Nous avons ainsi dépensé beaucoup d’énergie à offrir des services qui existent déjà ailleurs tels des repas et des vêtements.
Comme Stella est le seul organisme réservé aux travailleuses du sexe à Montréal, nous avons décidé d’orienter nos efforts sur des sujets qui touchent particulièrement les travailleuses du sexe. Donc, plutôt que d’offrir des repas quotidiennement, nous organisons des soirées-rencontres où vous pouvez échanger sur des questions qui vous préoccupent en tant que prostituée, danseuse ou autre. Déjà, nous avons eu plusieurs rencontres avec une spécialiste en droit qui répondait gratuitement aux questions des travailleuses du sexe.
Nous développons aussi, de plus en plus, la Liste des mauvais clients et le journal ConStellation, afin qu’ils soient accessibles au plus grand nombre de travailleuses du sexe. Toutefois, votre participation est essentielle. Nous avons besoin de vos idées, de votre implication et de vos connaissances afin d’arriver à un bien-être collectif.
Depuis l’arrivée du poste 21, plusieurs travailleuses du sexe nous ont dit que les policiers sont partout. Grâce à vos informations, nous avons pu rencontrer les policiers et nous tentons maintenant de travailler en collaboration avec eux tout comme les organismes communautaires du Centre-Sud le font avec le poste 22. Nous leur proposons de référer les travailleuses du sexe plutôt que de les arrêter. Nous avons besoin de vous. Ensemble on peut changer les choses !
Colloque sur l'identité et l'orientation sexuelle chez les jeunes de la rue
Par Farah Abdill
Le 26 février 1997, un colloque sur les jeunes et l’identité sexuelle en lien avec la prostitution et le SIDA a eu lieu à Montréal. Lors de cette journée, des conférenciers des milieux communautaires et universitaires se sont succédés afin d’exposer leurs recherches et leurs constatations. Je souligne ici la présentation captivante de Mme Ki Namaste dont les arguments avaient la force de ses expériences personnelles, souvent difficiles. Cette dernière a décrit avec aisance et simplicité la transsexualité et le travestisme dans différents contextes ethno-culturels. Elle affirme que les préjugés véhiculés par la société envers ces deux groupes les condamnent presque inévitablement à l’isolement et à l’exclusion.
J’ai retiré que souvent lorsqu’on traite des minorités sexuelles, on exclut ou néglige les travesties et transsexuelles et que cela se reflète dans les pratiques de bon nombre de groupes communautaires. Il me parait évident que ces deux groupes souffrent du même délaissement qu’ont souffert les lesbiennes au sein du Centre des Gais et Lesbiennes du Grand Montréal. L’initiative qu’ont prise certaines transsexuelles et travesties de prendre leur place en témoignant est un premier pas vers la sensibilisation. Cependant, il reste beaucoup à faire.
Après les présentations, nous avons participé à des ateliers de discussion. Nous nous sommes interrogés sur les possibilités de support à offrir aux jeunes de la rue qui s’interrogent sur leur identité et orientation sexuelle. Les participants étaient tous d’accord sur le fait que l’éducation par les pairs est une solution que l’on peut mettre de l’avant.
Portrait d’une travailleuse du sexe
Par Marie-Claude Charlebois
À chaque parution du Constellation, nous ferons le portrait d’une personne dont les actions ont influencé les différents mouvements des prostituées. Pour débuter, nous avons choisi une femme dont la philosophie reflète à tous les niveaux l’organisme Stella.
En avril 1992, un colloque sur les jeunes de la rue avait lieu à Montréal. Claire Thiboutot, une étudiante en sexologie, fut invitée en tant que travailleuse du sexe à y présenter un texte qu’elle avait écrit sur la stigmatisation de la prostitution et du travail du sexe.
À la suite de sa présentation, quelques travailleuses du sexe et des sympathisantes se regroupèrent pour fonder l’Association québécoise des travailleuses et travailleurs du sexe. Claire en fut désignée porte-parole. Cette association, l’AQTS, s’était donné comme mandat de soutenir les travailleuses du sexe et de promouvoir la décriminalisation du travail du sexe. De plus, Claire fut impliquée dans différents projets de recherche qui portaient sur le travail du sexe. En 1993, elle fut invitée à se joindre au comité aviseur qu’a mis sur pied Stella. Elle fut aussi membre du conseil d’administration de Stella auquel elle participa jusqu’en février 1997.
Depuis septembre 1995, elle fait partie de l’équipe de Stella à titre d’agente de recherche. De plus, elle est maintenant membre active de la Coalition pour les droits des travailleuses et des travailleurs du sexe.
Son implication dans la lutte pour la reconnaissance des droits des travailleuses du sexe au Québec se doit d’être soulignée. L’équipe de Stella profite de cette occasion pour la remercier et lui souhaiter bonne chance dans tout ce qu’elle entreprend.
Paradoxalement Vôtre
Un soir, autour d’une table, un ami m’a fait remarquer que je n’étais pas une prostituée, mais plutôt une courtisane. Histoire de vous faire rire un peu, je transcris ici les définitions de ces deux termes :
Prostituée : personne qui entretient une relation sexuelle pour paiement.
Courtisane : dame de la cour, prostituée, spécifiquement celle qui a une clientèle de nobles gens ou d’hommes de haut rang.
Attention les filles! Beaucoup d’hommes se disent rois ou maîtres!
Témoignage
Je suis âgée de 40 ans. J’ai fait de la prostitution toute ma vie. Cela m’a amenée à consommer. J’ai essayé toutes les drogues sous toutes les formes possibles. À toutes les fois que j’avais un mauvais client, j’allais me geler. J’ai vraiment souffert dans ce monde. Seule la drogue comptait pour moi. Je ne respectais plus rien ni personne.
Je suis maintenant en thérapie, car je veux vraiment m’en sortir et je suis sobre depuis trois mois. J’ai demandé de l’aide, je fais des meetings et je suis heureuse. J’apprends à me connaître et j’ai une marraine qui m’aide beaucoup.
QUELQUES MOIS APRÈS…
Je viens de terminer ma thérapie. Cela n’a pas toujours été facile, mais j’y suis parvenue, et ce, un jour à la fois. J’y suis même restée deux semaines de plus. Cette thérapie, je l’ai faite pour moi et pas juste pour éviter d’aller en dedans. Maintenant, j’ai un beau mode de vie. Je suis très bien entourée, mes amis ne consomment pas. Je m’implique dans plusieurs meetings et je vais faire du bénévolat.
La prostitution, c’est fini pour moi. Je vais tout faire pour ne plus jamais retourner d’où j’arrive car je sais très bien ce qui m’attend en bout de ligne. J’aime la vie et je suis très fière d’être sortie de l’enfer de la drogue et de la prostitution.
Saviez-vous ?
Coalition des travailleuses et travailleurs du sexe
Il existe une Coalition pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe. Vous aimeriez y participer, devenir membre? Parlez-en à l’équipe de Stella.
Un peu d’histoire
À l’époque romaine, la prostitution mâle faisait partie du rite d’initiation sexuelle des jeunes hommes dans l’espoir qu’ils aient une sexualité épanouie. Par contre, en France au 17e siècle, alors que la religion dominait, on considérait la prostitution comme un crime pervers. Toutes les personnes soupçonnées de s’y adonner étaient brûlées vives.
Grève des prostituées
En 1975, des prostituées de Lyon, en France, ont occupé pendant plusieurs jours une église pour protester contre l’inefficacité des policiers à résoudre les meurtres consécutifs de travailleuses du sexe. À la suite de cet événement, plusieurs groupes pour la reconnaissance des droits des travailleuses du sexe sont nés.
Solidarité
Des travailleuses du sexe européennes et américaines ont créé une Charte mondiale des droits des prostituées! Tu aimerais la consulter? Tu peux en obtenir une copie gratuitement chez Stella!
