Vivre et travailler en sécurité et avec dignité

 

English Français
Recherche
À propos de Stella |Trucs et conseils |Communiqués |Événements spéciaux |ConStellation |Travail du sexe |Contactez-nous |Plan

La Coalition pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe

À la première manif de la Coalition le 22 ocotobre 1997par Marie-Claude Charlebois

Le rouge est la couleur du désir et du péché. Il évoque des opinions radicales. Le rouge est aussi la couleur des nez de clowns et celle des lanternes des maisons clauses. Le rouge est la couleur de la Coalition.

Peut-être étions nous 15 lors de cette première réunion. Certains ne venaient même pas de Montréal et n'étaient qu'en visite pour la conférence Quand le sexe travaille, tenue à l'UQÀM à l'automne 1996. C'était dans un sous-sol, au local de Stella, le plus triste de tous les locaux qu'a connu Stella. Martin Lemay, de l'équipe Bourque alors au pouvoir, venait d'annoncer la future mise sur pied d'un comité d'étude montréalais sur la prostitution de rue. Ils avaient toutefois oublié un détail important : inviter les travailleuses du sexe à y siéger. La Coalition a donc été créée et, prenant la relève de son précurseur québécois l'AQTTS, elle se donnait comme première mission d'obtenir son siège. Accomplie.

La Coalition a pratiquement toujours fonctionné de cette façon : en réaction à l'actualité et au pouls de la rue. La nouvelle police de quartier fait une campagne publicitaire à la télé montrant un policier aidant une vieille dame à transporter un melon; la Coalition conçoit une affiche présentant sa vision de la nouvelle police de quartier suite à une agression sexuelle policière survenue dans le Red Light sur une prostituée. Les résidant-es du Centre-sud sont mécontents que la Ville tolère les prostituées; ils crient que c'est du ressort du fédéral, alors la Coalition, pour brasser la Chambre, forme un parti politique.

Karen HerlandLa Coalition a toujours été un bon spectacle pour les médias et le public, boas, gâteau avec stripteaseuse, fishnet, party, lanternes, expositions d'art, slogans éloquents, campagnes anonymes urbaines, les 6 pouces et le rouge, toujours le rouge. Mais il n'y a pas que notre côté burlesque qui a su retenir l'attention. Nos actions, nos revendications bien portées par nos porte-parole, nos communiqués de presse et les documents que nous avons produits ont sans aucun doute joué un rôle majeur en matière d'éducation populaire sur la question du travail du sexe.

Lors de notre premier événement culturel multidisciplinaire, le Festival du 8e art : le travail du sexe, nous avions distribué, à l'intérieur du Journal l'itinéraire, jusqu'à 20 000 exemplaires d'un dossier de 20 pages qui portait exclusivement sur le travail du sexe.

Ce qui me renverse toujours avec la Coalition, c'est sa capacité, qui d'ailleurs ne dérougit pas avec les années, à réaliser des choses exceptionnelles avec si peu de moyens. Le festival C'est chaud! par exemple, une semaine d'ateliers, des conférences de presse, des événements culturels, des posters, des flyers, des invitées de l'international, un party et tout ça pour une somme ridicule, autour de 3 000$.

La Coalition est composée de personnes de tous les genres, principalement des travailleuses et travailleurs du sexe mais aussi des sympathisant-es, des allié-es et des représentant-es de groupes communautaires. La Coalition, c'est du militantisme, ce n'est pas du bénévolat. Lorsqu'un événement se prépare, c'est la frénésie. Chaque semaine, des personnes s'ajoutent à l'organisation, nuits blanches, crises de larmes, euphorie, sentiments d'accomplissement, déchirures, amoures, tout y est et on y revient. Quoique le noyau change, évolue, nous retournons toujours à la Coalition.

Plusieurs d'entre-nous, principalement les porte-parole, avons connu des moments difficiles à la Coalition. Je me souviens de mon apparition à Claire Lamarche en direct suite à l'échec du projet-pilote de la Ville. J'y représentais la Coalition. Pendant les pauses publicitaires, la salle bondée de résidant-es enragés se mettait à crier en cœur «Salope, projet-plote», pas la peine de gaspiller de l'encre pour les autres épithètes, et Claire Lamarche regardait tout bonnement avec son bel air innocent presque en harmonie avec son audience et, au retour de la publicité, le technicien lançait comme si de rien n'était : Silence, on tourne!

PutanescaIl y a eu des menaces de mort, mes voisins qui ne voulaient plus que leur enfant joue avec le mien après m'avoir vue dans les médias, le non-respect d'ententes avec les journalistes qui ont mis certaines de mes collègues dans le pétrin. Mais on y revient à la Coalition car nous savons pertinemment que ces incidents ne sont que la pointe de l'iceberg de ce que l'on dénonce.

À la différence de Stella, la Coalition n'est pas une corporation et ce n'est pas une organisation officielle. Nous sommes sans charte, sans règlements. Nous sommes complètement libres d'agir dans notre militantisme, nous ne craignons pas de perdre des subventions, ce qui pour Stella et beaucoup de travailleuses du sexe serait dramatique, car Stella offre aux femmes un soutien quotidien.

Il y a aussi les actions que nous n'avons jamais faites mais qui sont dignes de mention : marcher à l'envers à genoux lors de la Marche mondiale des femmes puisqu'elles n'appuyaient pas nos revendications; prendre la neige du Mont-Royal en otage et y inscrire un immense message en rouge; créer un grand canular dans les médias avec notre ami Shirley...

Quand je regarde tout ça, un peu comme une rétrospective, je me dis «Chris qu'on a travaillé!». Eh oui, nous sommes dûs pour un gros party. Pour l'occasion, je porterai des bottes rouges!

Pages reliées :
Je me souviens du projet-pilote, printemps 2005
En mémoire des disparues de Vancouver, 18 juillet 2003
Vidéo - Une militante de la Coalition explique pourquoi en criminalisant le travail du sexe, la loi met les travailleuses et travailleurs du sexe en danger, extrait de Sexe de rue, 2003
Montréal Red Light, avril 2002
Le Parti Populaire des Putes, été 2000
Gestion de l'industrie du sexe à Montréal : prohibition et profil et La lutte des travailleuses et travailleurs du sexe : un mouvement international, Le Festival du 8e art : le travail du sexe, mai 1999