Cour supérieure de l'Ontario - Pourquoi Stella appuie le recours judiciaire contre la criminalisation du travail du sexe
Montréal, le 9 octobre 2009
Nous félicitons les trois travailleuses du sexe de Toronto qui font un recours judiciaire contre la criminalisation du travail du sexe devant la Cour supérieure de l’Ontario en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.
Nous sommes un groupe par et pour les travailleuses du sexe qui travaillons depuis 15 ans pour la santé et les droits humains de notre communauté. Tous les jours, nous offrons des services sur la rue, dans les piaules et piqueries, en prison, dans les agences d’escortes, les salons de massage et les bars de danseuses. Nous avons plus de 6000 contacts par année avec les travailleuses du sexe et, à tous les jours, nous sommes confrontées aux répercussions de la criminalisation du travail du sexe : comment ça rend presqu'impossible de travailler dans un environnement sécuritaire, d’avoir accès à la protection policière, de voir nos droits respectés.
Il est déplorable de constater que certains partisans anti-prostitution utilisent le taux élevé de violence contre nous pour plaider pour la criminalisation de nos clients. Ce genre de criminalisation existe déjà au Canada et n'a rien fait d’autre que de contribuer à l’augmentation de la violence, en plus de contribuer à notre isolement et à celui de notre industrie. Un autre impact, et non le moindre, est la criminalisation de nos bons clients respectueux. Les travailleuses du sexe se retrouvent donc aux prises avec des clients qui peuvent être saouls ou violents, soient des hommes que nous aurions refusés autrement.
Tous ces facteurs contribuent à augmenter la violence que nous subissons. Nous avons d’ailleurs documenté en 2001 le fait que la Ville de Montréal, sous la pression de groupes conservateurs, a procédé à l’arrestation massive de clients, sur une période de trois mois. Durant cette période, les travailleuses du sexe que nous rencontrons nous ont rapporté subir des attaques trois fois plus violentes et cinq fois plus d’actes violents avec arme blanche.
Notre travail – la vente de services sexuels - n’est pas violent en soi. Ce sont les préjugés, les politiques et lois qui criminalisent et répriment nos vies et notre travail qui alimentent et créent cette violence contre nous.
Décriminaliser les métiers du sexe, comme nos consoeurs de Toronto l’expliquent à la Cour, permettrait aux travailleuses du sexe de travailler en sécurité et avec dignité. Dit tout simplement, ça protègerait nos vies.
Pages reliées :
Prostituée, un métier à respecter, Christiane Charette, Radio-Canada, 14.10.2009
Travailleuses du sexe : un mépris injustifié/Selling your body' is just selling a service, Ariane Valmont, 09.10.2009
Des lois sur la prostitution contestées, Radio-Canada, 06.10.2009
Opinion d'Émilie Laliberté, porte-parole de Stella, Radio-Canada, 06.10.2009
Des travailleuses du sexe s'impliquent pour changer les lois touchant la prostitution au Canada, Stella, 01.10.2007
