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Blogue du congrès : VIH, droit, criminalisation et luttes - STAR Whores

par Maria Nengeh Mensah

Mardi le 15 août 2006 :

LE DROIT AIDE-T-IL LA RÉPONSE AU SIDA?
En matinée, cette session présidée par le juge Michael Kirby d’Australie a fait le tour des aspects négatifs et positifs des législations existantes en matière du VIH/sida. Dans certains cas, des lois punitives soutiennent une approche coercitive face au sida et aux personnes vivant avec le VIH. Heureusement, ce n’est pas le cas du Canada, ce qui explique en partie pourquoi le congrès international a eu lieu trois fois au pays. On n’y empêche pas l’entrée des personnes atteintes!

Les exemples tirés du Kenya, des Philippines et d’Afrique du Sud tracent un autre portrait. Qu’il s’agisse du droit familial, qui fait des femmes l’objet de sanctions punitives simplement parce qu’elles sont des femmes (pas le droit de se déplacer seules, pas d’accès à la propriété), ou de mesures législatives qui interdisent l’expression publique de la sexualité (l’homosexualité et le travail du sexe), le droit est plus souvent qu’autrement utilisé pour criminaliser le VIH/sida. Les panélistes ont ainsi présenté différentes stratégies de protection des droits humains des personnes vivant avec le VIH incluant la réforme législative, le lobby politique, la défense des droits et le leadership de politicien-nes et de militant-es.


DÉMONSTRATION SEXXXY AU STILETTO LOUNGE
La première démonstration sexxxy par les stelliennes des outils de prévention du VIH développés à Stella. Trop fortes les filles!


MONTÉE DE L'HOMOPHOBIE
Au salon des exposants, une discussion sur les masculinités et le VIH/sida a attiré pas mal de monde. Une conclusion partagée par tous les présentateurs : dans plusieurs régions du monde, il y a en ce moment une montée de l’homophobie qui nuit à la lutte contre le sida. D’une certaine façon, c’est comme s’il y avait un retour à la case de départ.

Personnellement, je me suis rendu compte que les militant-es qui luttent pour les hommes gais, bisexuels et queers, et nos leaders du mouvement des travailleuses du sexe auraient avantage à joindre leurs batailles. Trop souvent nous oeuvrons encore séparément, alors que l’union fait la force.


CRIMINALISATION ET VIH : HISTOIRES DE LUTTES COMMUNAUTAIRES SELON UN CADRE DE DROITS HUMAINS
Sur le thème du droit encore, une autre session a retenu mon attention. Bien que deux des quatre panélistes prévus n’étaient pas présents, cette conférence a souligné avec brio les effets dévastateurs de la criminalisation de l’homosexualité et du travail du sexe, tant sur les initiatives de prévention du VIH et que sur celles de soutien aux personnes séropositives.

G. Azzi, du Helem (Lebanese Protection for LGBTQ), n’a pas pu venir au congrès compte tenu de la situation actuelle dans son pays. Helem est la première association de défense des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, intersexuées et queer du monde arabe (LGBTQ). La guerre a fait ses ravages au Liban. Halem a dû fermer boutique et cesser d’offrir les services essentiels que les LGBTQ ne peuvent trouver ailleurs.

P. Suwannawong du Thai Drug Users’ Network n’était malheureusement pas là non plus. On se doute qu’il a probablement été retenu par la conférence de presse spéciale à propos de l'importance de ne pas fermer INSITE, un site d’injection sécuritaire à Vancouver qui risque de devoir fermer ses portes en septembre 2006.

> Un sursis pour Insite, Cybersolidaires
> Poster Barriers to Harm Reduction: Legal issues related to assisted injection at safe injection facilities, Réseau juridique canadien VIH/sida

Violations des droits LGBTQ du Népal
La présentation de Sunil Pant de la Blue Diamond Society a illustré comment, dans un contexte qui criminalise l’homosexualité et la sodomie, il est vital de se battre pour le respect des droits et libertés fondamentales des minorités sexuelles.

Au Népal, personne ne veut travailler avec les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes, et encore moins avec celles et ceux qui sont séropositifs ou qui font du travail du sexe. Une récente étude sur l’exclusion sociale des minorités sexuelles relate que 56% des LGBTQ vivent quotidiennement de la discrimination. De ceux-ci, plus de la moitié disent avoir été harcelés, abusés ou violentés par la police. Le fait que le pays soit structuré par un système de classe et de caste exacerbe cette violence.

Photos macabres à l’appui, on comprend vite que les minorités sexuelles sont la cible d’une brutalité extrême. Un transgenre est égorgé et laissé pour compte dans la rue. Des intervenants s'ont battus lorsqu’ils distribuent des condoms. Ouf! Il est même impossible de trouver des gens pour transporter les corps des PVVIH décédés.

La Blue Diamond Society a développé plusieurs stratégies pour changer ce scénario : documentation des cas d’abus et de non respect des droits et libertés fondamentales, action directe auprès des autorités policières, éducation publique, lobby politique et drop-in pour les personnes LGBT vivant avec le VIH.

Ce que Sunil souhaite ardemment, c’est de sensibiliser la société népalaise à la violence subie et de développer des alliances avec d’autres groupes qui partagent la lutte pour les droits humains. Je crois qu’il peut compter sur nous!

La décriminalisation en Nouvelle-Zélande
L’éloquente Catherine Healy du New Zealand Prostitutes’ Collective a raconté l’histoire de la décriminalisation du travail du sexe en Nouvelle-Zélande. C’est vraiment inspirant d’entendre comment les travailleuses du sexe se sont organisées et ont réussi à faire comprendre au parlement qu’un changement législatif était nécessaire. Il fallait absolument développer des standards en terme de santé et de sécurité au travail et surtout démanteler le pouvoir légal et implicite qu’exerçaient les policiers sur les travailleuses du sexe. Selon Catherine, leur succès repose sur une panoplie de facteurs, dont l’alliance avec plusieurs alliés (ex : groupes communautaires, projets en santé publique, groupes de femmes et même les sœurs catholiques) et le développement de bons rapports avec les médias.

Comme Rachel Wotton de la Scarlet Alliance le disait après l’exposé, exercer le travail du sexe dans un endroit où celui-ci est décriminalisé est beaucoup moins stressant, car ça permet de mieux négocier ses conditions de travail et de mieux se protéger contre le VIH.

> Poster "Improved working relationships between a sex worker organisation and the police in order to increase the effectiveness of HIV prevention strategies for street-based sex workers", Rachel Wotton, Scarlet Alliance
> Poster Decriminalization of Prostitution to Reduce Sex Workers’ Vulnerability to HIV et présentation PowerPoint Criminalisation du travail sexuel : les droits humains en crise, au Canada et ailleurs, Réseau juridique canadien VIH/sida


STAR WHORES
Star WhoresPuis, sur la scène principale du Village Global, les Star Whores de l'Asia Pacific Network of Sex Workers ont transporté l’art du cabaret musical dans l’univers du sida. Mettant en vedette les enjeux auxquels font face les travailleuses du sexe face à la politique étatsunienne sur le VIH/SIDA, le fameux Plan présidentiel d’assistance d’urgence au sida (PEPFAR), et à la pénurie de condoms et de lubrifiants gratuits. Je pense que le Village Global tout entier a assisté à cette performance! On a vu une travailleuse du sexe mettre un condom avec sa bouche sur le gland du micro et, une fois les danses terminées, Tini a invité toutes les travailleuses du sexe dans la salle à venir sur scène. Je vous jure qu’on était une gang! C’était beau.

Photo : Globe and Mail, 15 août 2006

> Voir plus de photos et la vidéo de la performance


ET POUR FINIR...
À 20h, pour finir cette journée déjà bien remplie, une réception "cocktail" organisée par l’équipe de l'Open Society Institute nous attendait. On s’est régalées! Sur la terrasse d’un bar branché, on a pu se détendre, boire et échanger avec d’autres délégué-es de partout dans le monde qui partagent nos préoccupations sur le travail du sexe. Les deux moments forts de la soirée pour moi furent quand Stéphanie a piqué une jasette avec Alex Novac, son héro de la réduction des méfaits, et quand j’ai pris un coup avec ma romancière préférée, Tracy Quan, l’auteure du tout récent Journal intime d’une escorte mariée.

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