Blogue du congrès : Manifestation des femmes - Pairs éducatrices - Droits sexuels - Droits humains : que faire? - Plaisir
par Maria Nengeh Mensah
Lundi le 14 août 2006 :
RASSEMBLEMENT ET MANIFESTATION DES FEMMES ET DES FILLES
De bonne heure, avec nos bannières et nos T-shirts turquoises, nous avons participé au rassemblement - manifestation des femmes et des filles organisé par la coalition "Plan intégral d’action sur le VIH, les femmes et les filles". A 7h du matin! Il y avait quelques centaines de femmes des quatre coins de la planète. C'était la première manifestation de femmes dans les 21 ans d'histoire des congrès internationaux sur le sida.
Parmi les personnes qui ont pris la parole, Stephen Lewis a fait un appel percutant pour que le monde s’intéresse enfin aux millions de femmes vivant avec le VIH. Les voix des Africaines, des Autochtones, des femmes incarcérées et de toutes celles qui sont exclues se sont unies pour dénoncer l’inertie des gouvernements et du mouvement des femmes face au VIH/sida chez les femmes et les filles. Claire Thiboutot a rappelé que les droits et libertés fondamentales des travailleuses du sexe sont trop souvent bafoués et que nous refusons ce sort. Ensuite la manifestation s’est dirigée vers le Metro Toronto Convention Centre, où nous avons chanté le thème de la conférence à notre manière : "Passons aux actes, des droits humains pour les travailleuses du sexe!".
Au cours du rassemblement, le premier International Women's Summit on HIV and AIDS était annoncé - il aura lieu du 4 au 7 juillet 2007 à Nairobi au Kenya - en précisant que celui-ci incluera les travailleuses du sexe. Il est organisé par le World YWCA, en partenariat avec l'International Community of Women Living with HIV/AIDS.
> Voir une vidéo du rassemblement et nos photos
> Voices From the Women and Girls’ March, Time To Deliver
> AUDIO: Interview with Stephen Lewis, AMARC, 18 août 2006
> Making the Connection: Gender-based Violence and HIV
> Manifesto du Plan intégral d’action sur le VIH, les femmes et les filles
OUTILS POUR PROMOUVOIR LE PERFECTIONNEMENT DES COMPÉTENCES DES PAIRS ÉDUCATRICES TRAVAILLEUSES DU SEXE
Après, je suis allée à un atelier de perfectionnement mené par deux Cambodgiennes du Women At Risk Program, Family Health Initiative (FHI). Elles ont d’abord décrit un programme d’éducation pour les pairs-aidantes qui vise essentiellement à augmenter la communication entre les travailleuses du sexe à propos du VIH. Les outils développés sont créatifs et variés : jeux, manuels, illustrations… Puis, on a fait un jeu de rôle assez rigolo qui nous a amenées à tenir compte des différents sentiments de chacune. Les intervenantes étaient sympathiques. Elles ont beaucoup accentué l’importance de faire le suivi auprès des pairs-aidantes afin de leur permettre de développer des habiletés d’animation et de communication. Le programme est semblable à ce qu’on fait à Stella, mais j’ai trouvé que la place de l’expérience et de l’expertise des travailleuses du sexe n’était pas très grande.
> Le 16 août avait lieu une autre session sur un sujet similaire : Holistic Training and Support for Peer Volunteers to Provide HIV Treatment Information. La vidéo de cette session est accessible via cette page.
SALON DES EXPOSANTS
Durant l’heure du dîner, j’ai fait ma première excursion au Salon des exposants. L’ambiance dans cette salle était vraiment stressante. Les gens se bousculaient entre les kiosques et il était difficile de se balader allègrement pour lire quoi que ce soit tranquillement. J’y retournerai plus tard quand la frénésie sera moins forte.
SEXUALITÉ, POLITIQUE SOCIALE ET SIDA : ÉTUDES DE CAS SUR LES DROITS SEXUELS ET LE VIH/SIDA
Cette excellente session de l'International Working Group on Sexuality and Social Policy m’a plu énormément. C’est mon petit côté universitaire qui a été ranimé. Je tente ici de rapporter l’élan général de cette stimulante présentation.
Au menu, quatre conférenciers super intéressants ont parlé de l’intersection entre les politiques sur le VIH, les droits sexuels, la justice sociale et les rapports sociaux de sexe. Ils ont montré comment une approche centrée sur les droits et libertés de la personne en tant que "personne sexuée et sexuelle" serait plus efficace comme politique face à l’épidémie que les deux approches qui sont privilégiées en ce moment : le modèle biomédical et le conservatisme religieux. Il faut arrêter de croire que la sexualité et le plaisir sexuel sont des questions secondaires. Au contraire, ce sont justement les idées préconçues qu’on se fait sur la sexualité, le sexe, le genre et l’orientation sexuelle qui causent de nombreuses injustices affectant les travailleuses du sexe, les LGBT et les personnes vivant avec le VIH.
Au Pérou, la seule façon pour les personnes séropositives d’obtenir une légitimité sociale est de supprimer leur sexualité et de se présenter comme des êtres asexués.
Au Vietnam, l’arrivée du VIH/sida a favorisé l’émergence sans précédent de discours et de politiques sur la sexualité qui voient les travailleuses du sexe comme le Mal personnifié.
Sur la scène internationale des Nations Unies, il est plus acceptable de parler en termes de "populations vulnérables" que de nommer explicitement les réalités vécues par les LGBT et les travailleuses du sexe.
Comme les pelures d’un oignon, de multiples couches recouvrent les personnes séropositives : l’orientation sexuelle, l’âge, le genre, la race/ethnicité, l’éducation, le revenu, l’infrastructure de l’État, l’économie mondiale et la guerre sont autant de facteurs qui influencent leur position sociale. Dans ce portrait complexe du VIH/sida, il faut éviter d’avoir une position "néo-missionnaire" comme celle de l’administration Bush, selon R. Petchesky, et développer une approche centrée sur les droits humains. Celle-ci tient la sexualité comme une partie fondamentale de l’existence humaine et peut donc non seulement réduire la transmission du VIH, mais aussi transformer la maladie en une expérience viable et humaine.
TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS DU SEXE, VIH ET DROITS HUMAINS : QUE FAIRE?
Ce panel fut aussi excellent. La saveur internationale du symposium était vraiment exceptionnelle. Les préoccupations des travailleuses du sexe du Mali, du Cambodge, d’Argentine, de l’Inde, de l’Europe centrale et de l’Asie centrale ont été nommées. C’était un peu comme une version abrégés de notre Forum XXX! Ce que je retiens, c’est qu’il est essentiel de reconnaître les travailleuses du sexe comme des membres à part entière de la société si l’on veut lutter contre le VIH/sida. La discrimination, la violence et la stigmatisation des travailleuses du sexe prennent différentes formes. À chaque instance, les travailleuses du sexe répliquent.
Au Mali, la violence policière et le manque de condoms créent de graves problèmes de sécurité et d’accès à la prévention efficace du VIH. L’Association des femmes libres du Mali a mis sur pied un carnet de santé pour les travailleuses du sexe membres de l’association. Elles ont maintenant besoin que cet outil soit reconnu.
En Europe centrale et en Asie centrale, les travailleuses du sexe de 27 pays, avec des modèles législatifs différents, voient régulièrement leurs droits et libertés fondamentales bafoués, et ce, surtout depuis l’engouement des politiques de lutte contre le trafic des femmes.
En Inde, c’est grâce à des valeurs de respect, de soutien et de reconnaissance entre pairs que les milliers de travailleuses du sexe impliquées au DMSC ont pu s’auto-organiser et prendre le contrôle du programme de prévention du VIH. Aujourd’hui, leur lutte continue face à la nouvelle loi (l'Immoral Traffick Prevention Act) qui criminalise leur vie et leur travail.
En Argentine, les travailleuses du sexe en ont assez d’être prises systématiquement pour des vagins sur pattes par les professionnel-les de la santé, les féministes et les représentants religieux. Elles déclarent maintenant qu’il faut faire la Grande Révolution!
Au Cambodge, des chercheurs étatsuniens et australiens ont mené un essai clinique pour tester un médicament contre le VIH (Tenofovir) sur près de 1.000 travailleuses du sexe, sans aucun respect pour la protection des participantes. Elles ont dénoncé publiquement ce manque d’éthique et elles ont interrogé les chercheurs en question. Leur action dénonciatrice a permis au monde entier de reconnaître les abus scientifiques que subissent trop souvent les travailleuses du sexe.
> Poster "Improved working relationships between a sex worker organisation and the police in order to increase the effectiveness of HIV prevention strategies for street-based sex workers", Rachel Wotton, Scarlet Alliance (Australia)
> Sex and the City of Joy: White House Morality Threatens Kolkata’s Sex Workers, Sarah Stuteville and Alex Stonehill, The Common Language Project
BILL ET MELINDA GATES AU STILETTO LOUNGE
Pendant ce temps, au Stilleto Lounge, Bill et Melinda Gates font une brève apparition. Je n’étais pas sur place, mais il parait que c’était assez intense. Ce que j’ai entendu dire, c’est qu’ils sont restés deux minutes et que des photographes ont immortalisé leur passage. Qui aurait cru voir le millionnaire entouré de putes aux yeux du grand public!
OU EST LE PLAISIR DANS LE SÉCURISEXE?
En fin de journée, cet atelier était rempli à craquer. Il faisait chaud, l’air était humide et les participant-es se collaient les un-es aux autres pour entendre parler les présentatrices. Apparemment, l’atelier a voulu montrer comment intégrer la notion de plaisir quand on fait de la prévention du VIH par et avec des travailleuses du sexe, que ce soit dans le cadre d’interventions individuelles ou de réduction des méfaits. Mais il faisait tellement chaud dans la salle… que j’ai trouvé plus de plaisir à sortir de la pièce pour aller retrouver mes collègues stelliennes au Village Global, en meeting de préparation de la manif des travailleuses du sexe qui aura lieu mercredi matin.
> Le plaisir sexuel a aussi sa place dans la prévention contre le sida, AFP
> The Pleasure Project
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Je suis déjà pas mal épuisée alors que la semaine ne fait que commencer. Vous m’excuserez si mes compte-rendus vous sont acheminés plus tard que prévu. C’est assez rempli comme semaine!
