6 août 2008 - L'affiche stellienne - Le projet Wise Up - Le Honey Bee Show
par Marie-Eve Gauvin
Mercredi le 6 août, c’est le jour de la présentation de nos affiches!!!
Il faut dire qu’elles nous en auront fait baver ces affiches, leurs minis reproductions de même que la brochure «14 réponses à vos questions». En commençant par la traduction en espagnol pour laquelle nous avons sollicité la collaboration de plusieurs ami-es hispanophones. Merci notamment à Esther, mais il nous fallait une révision inspirée des expressions régionales. Merci à Marcella, mon amie mexicaine, ainsi qu’à mes voisin-es, une Québécoise mariée à un Hondurien. Enfin, il y a aussi Catherine Tessier, la graphiste, à qui on en a fait voir de toutes les couleurs en y allant de nos critiques et de nos petits caprices avec un échéancier pas possible… comme d'habitude.
Et puis il y a ce jour où on me dit que je dois courir à deux endroits pour récupérer les produits finaux. Par souci d’économie, on a fait imprimer chez deux entreprises différentes. Bon, ça va, je prend mon pied à bicyclette l’été, et les deux firmes ont supposément pignon sur rue dans le Vieux Montréal, donc pas très loin l’une de l’autre. Mais voyez-vous, j’ai comme un doute, t’sé l’adresse dans les 10 000 ne me rassure pas. J’appelle donc pour être certaine. Toutes vérifications faites, je dois me rendre à Rivière-des-Prairies, jusque là «ousque» l’asphalte s’arrête paraît-il. Les transports en commun ne s’y rendent pas ou bien, en partant de chez moi, au pied du mât olympique, c’est l’équivalent temporel d’un aller-retour Montréal-Québec. Heureusement que j’ai ma minoune qui dépanne dans pareille situation.
Arrivées au Mexique, deux jours avant la présentation, Nengeh se rend compte qu’on a 200 brochures en espagnol et pas une seule en anglais. Petite erreur d’un peu tout le monde en commençant par la commis de la maison d’impression qui a oublié de me remettre une partie de la pile. Catherine, la graphiste, communique avec l’imprimeur qui nous doit des copies, puis nous envoie vite fait les versions PDF de la dite brochure afin que Nicole puisse les mettre en ligne dans le site de Stella. Ainsi va la vie, on s’organise pour le mieux ou pour le pire, car on est aussi contraintes à imprimer en noir et blanc, sur des feuilles 8 1/2 par 11.
Je dois vous dire, en toute objectivité, qu’on avait quand même la plus belle affiche parmi les 853 autres exposées le même jour.
Le projet que nous présentons est innovateur et présente des résultats plus que satisfaisants. Il s'agit de «Sex workers training professionals in the health, social services, police, education, and community organizing sectors to reduce stigma and vulnerability to HIV», un projet réalisé par Maria Nengeh Mensah (UQAM), Cynthia Lee et Émilie Laliberté (Stella). Pour l’occasion, j’avais prévu me vêtir aux couleurs du poster. Un coup d’éclat réussi, car certaines personnes ont effectivement fait le lien entre moi et la fille représentée sur l’affiche. Bon, ce sont des amis de Fréquence VIH qui ont voulu être flatteurs, mais quand même…
Maria Nengeh Mensah, la présentatrice officielle et la directrice de projet, bref celle grâce à qui j’ai l’opportunité de me trouver là ou je suis, fait l’aller-retour entre ses deux affiches présentées le même jour.
Ces présentations permettent aux équipes de recherche et de projets d’intervention d’exposer leurs résultats préliminaires ou finaux. Elles nous donnent aussi l’occasion de créer des liens avec d’autres personnes qui dirigent des projets similaires ou encore avec les curieux et curieuses qui manifestent un intérêt particulier pour notre présentation. Nengeh, armée de son expérience et de son assurance, nous incite à arrêter les gens qui, dans le cadre de telles expositions, ne savent plus trop à quoi s’attarder stratégiquement. Je vous le répète, il y a près de 860 posters affichés à l’intérieur d’un périmètre d’environ 200 mètres carrés!
On remet les mini-reproductions de l’affiche, une copie de la brochure 14 réponses à vos questions ainsi que la carte d’affaires de Nengeh à ceux et celles qui prennent réellement le temps de s’arrêter. On échange aussi nos courriels et des promesse de donner suite. Cela représente en effet une excellente opportunité de multiplier les liens dans un cadre direct.
En conclusion, on est assez satisfaites, on a distribué presque l’entièreté des documents prévus à cet effet et on repart avec quelques contacts significatifs.
> Voir aussi l'affiche VIHsibilité du projet VIHsibilité
D’autres projets qui se démarquent
J’ai moi aussi profité de ma présence dans le gigantesque «Exhibition Hall» pour faire un pèlerinage en sillonnant les innombrables corridors en forme d’accordéon où sont enlignées les 853 affiches du jour. Évidemment, on ne peut pas s’attarder à tout, pourtant il y a tellement de thèmes intéressants! Histoire de vous mettre au parfum et de vous permettre de saisir l’infinie puissance des stimulis ambiants, voici quelques titres d’affiches au menu :
• Projet de sensibilisation auprès des pairs initié par des enfants vivant avec le VIH dans une communauté du Brésil
• Interventions stratégiques visant à rejoindre les enfants séropositifs «non diagnostiqués» dans les communautés rurales du Rwanda
• Projet visant à identifier les risques de propagation du VIH dans des milieux carcéraux spécifiques au Nicaragua
• Vierge avant le mariage? Des idées vieux jeu au Guatemala!
• Études sur les différences «genrées» des rites initiatiques sexuels de jeunes orphelins du sida à Sao Paulo, Brésil
• ETC, ETC, ETC.
Pour éviter de devenir folle, je tente de me concentrer sur mon fil conducteur : le travail su sexe. De ce côté, encore beaucoup de contenu notable.
Le projet éthiopien Wise Up
J’ai eu la chance de discuter avec la présentatrice du projet Wise Up que je trouve vraiment original et, encore une fois, facilement transférable. Le Wise Up Project a été fondé et est coordonné par le groupe éthiopien DKT. Les activités mises de l’avant par Wise Up visent à réduire la prévalence de l’infection au VIH/Sida à travers la promotion de l’utilisation du condom. Leurs stratégies d’action ciblent plus spécifiquement les travailleuses de sexe, leurs clients et les tenanciers des milieux de travail des travailleuses. Leur champ d’activité s’étend dans 42 centres urbains d’Éthiopie dont la capitale, Addis Ababa.
Les performances «invisibles» de Wise Up
Pour rejoindre les clients des travailleuses du sexe, Wise Up a mis sur pied une escouade qui réalise des «performances de théâtre invisibles». Des acteurs et actrices entraînés - grâce à un partenariat établi par Wise Up avec l’University School of Theater Arts (AAU/STA) - informent et motivent les clients et tenanciers, de même que les travailleuses du sexe, à travers des sketches-performances qui suscitent des débats à l’intérieur des bars. La mise en situation qui crée l’élément déclencheur peut-être, par exemple, un conflit qui éclate entre un couple d’amoureux concernant le port du préservatif. Le couple s’énerve, parle fort et sollicite l’avis des gens présents dans le bar. Les actrices et acteurs ne doivent en aucun moment révéler le simulacre de la mise en situation. Ils risqueraient alors de perdre de la crédibilité, de minimiser l’impact de la réflexion suscitée dans un cadre soit disant «naturel» d’interaction, et de se voir refuser l’entrée dans le milieu par la suite. La performance de théâtre doit demeurer invisible!
Le Traveling Road Show de Wise Up
La troupe de théâtre diffuse aussi l’information dans des milieux plus spécifiquement «à risques» (les marchés, les bases militaires, les camps de réfugié-es, etc.) à travers le théâtre, des témoignages et des danses.
Le Honey Bee Show d’Empower
Le spectacle Honey Bee est une autre initiative de l’extraordinaire groupe thaïlandais Empower. Il a été créé dans un langage universel constitué de bruits, de signes, de mimiques et de costumes qui parlent d’eux-mêmes. Il a donc l’avantage de pouvoir être présenté dans toutes les régions, peu importe le pays, sans contraintes liées à la traduction.
Il s’agit aussi d’un spectacle interactif qui sollicite à quelques reprises la participation du public. Il rejoint le concept du théâtre d’intervention pouvant être présenté en tous lieux et dans n’importe quel contexte (les décors sont minimaux et facilement transportables). Par exemple, le Honey Bee Show s’est fait connaître, entre autres, dans le cadre de multiples représentations dans les rues, les transports en commun et les «bars à gogo» un peu partout dans Bangkok.
Enfin, les sketchs présentés permettent le partage des apprentissages réalisés par les travailleuses et travailleurs du sexe auprès de leurs pair-es et de leurs clients concernant l’usage du condom.
La représentation offerte à la conférence internationale de Mexico mettait en scène, comme vous pouvez le constater, l’une des étoiles de la constellation montréalaise de chez Stella, Miss Univers!
> Voir nos 4 photos du Honey Bee Show
> Voir aussi cette page sur les poupées migrantes et le Bad Girls Dictionary d'Empower
Bref encore une journée digne de mention, bien ajustée à ma lunette d’approche de l’univers inspirant qu’est «Mexico Aids 2008». ACCION UNIVERSAL YA!
