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4 août 2008 - Le Village global - Le Daspu Fashion Show - Des conférences qui se démarquent

par Marie-Eve Gauvin

Le Village global

Une autre journée très mouvementée et définitivement enrichissante, à marcher inlassablement d’une salle de conférence à l’autre, et du Centre Banamex au Village global (compter une bonne dizaine de minutes de marche entre les deux sites).

Je commence donc la journée en m’imprégnant un peu de l’ambiance qui règne au Village global. Il s’agit d’un lieu tout simplement fascinant. Ce concept a été initié lors de la conférence AIDS 2006 à Toronto. Il s’apparente aux villages créés par les mouvements associatifs dans le cadre des forums sociaux mondiaux. Ce métissage de groupes, de collectifs et d’organismes communautaires provenant de tous les continents vise précisément à offrir un espace spécifique pour le réseautage des mouvements sociaux et pour l’expression créative de performances en tous genres. Barbies-victimes-de-trafic-EmpowerLe Village offre aussi la possibilité au public non-inscrit à la conférence (en l’occurrence les citoyen-nes de la ville de Mexico et les étrangers de passage) de venir zieuter et d’être directement rejoints par les moyens d’information et de sensibilisation mis de l’avant par chacune des initiatives présentées.

On y passe pour fouiner et, dans mon cas, pour se reposer l’intellect et simplement se laisser porter par la vague d’énergie qui émane de tous ces moyens d’action. C’est un peu l’actualisation des réflexions d’en haut. Il s’agit en quelque sorte d’une complémentarité bien agencée entre l’univers de la recherche et de la pratique. On y flâne aussi pour acheter 1 001 trucs (matériel promotionnel des associations, artisanat) dont les fonds servent les différentes causes.

On peut choisir de passer par le Vidéo Lounge qui offre un programme de documentaires et de films internationaux engagés très variés. Il y a partout des affiches, certaines très réussies, qui vont droit au but!

Affiche du Village globalWhore Revolution Now

Et des expositions de photos, de fresques et d’œuvres diverses qui illustrent, par exemple, la réalité des groupes marginalisés par le stigma du VIH/Sida.

Fresque contre la stigmatisation

Il y a aussi le Littery Lounge ou, à certaines périodes de la journée, nous pouvons assister voire prendre part à des lectures, par exemple de poésie. Puis il y a des table-rondes en vrac et des projets spontanés de création artistique auxquels ont est invité à prendre part. Tout à coup, branle bas de combat, encore une fois tambours, trompettes et confettis, une procession de manifestant-es passe devant moi en scandant des slogans, armés de pancartes, distribuant des tracts et des préservatifs de toutes les couleurs, saveurs, tailles, etc.

Comment pourrais-je décrire ce festival en continu sans parler des nombreux personnages que l’on croise au passage?

Un personnage du Village globalUn personnage du Village global

Enfin, il y a la scène principale qui présente des spectacles en continu, dont la plupart sont assez réussis et parviennent à me «crinquer» pour le reste de la journée, le contenu plus théorique.

En voici un exemple.

Le Daspu Fashion Show
Aux dires de mes compatriotes de Stella qui ont été sollicitées pour prendre part au défilé, ce show allait être un délire improvisé. Organisé par le groupe brésilien Davida Prostituição, Direitos Civis, Saúde la veille au matin, il ne fallait pas s’attendre à grand chose.

Je me suis quand même installée aux premiers rangs, malgré la foule déjà dense à mon arrivée, et je me suis laissée porter par les séquences musicales sur lesquelles défilaient dans leurs kits, mmmm, comment dire, sexy, des têtes d’affiche de chacune des délégations de travailleuses et travailleurs du sexe. Il va sans dire que l’aspect professionnel transparaissait. Y en avait pour tous les goûts, allant du style fétichiste ou rockeuse des années 1980, aux sado-maso underground de basse-ville. Y avait aussi les putes chics et classes des clubs de ministres, les styles cabaret, sans oublier le style jamais passé date qui évoque la «Madonne» dans «Like a virgin» ou le look Marylin en uniforme d’infirmière osé.

Daspu Fashion ShowEt puis, y avait nos quelques représentants de la gent masculine, bien agencés en couleurs et en formes, qui s’en donnaient à cœur joie lors de l’envolée finale, quand toute la brochette est apparue sur la scène dans une danse frénétique et enlevante sous une pluie de condoms-ballons.

Mémorable que ce Daspu Fashion Show!!! Et des  remerciements particuliers à Claire Thiboutot, Anna-Louise Crago et Pascale Robitaille qui nous ont franchement bien représentées.

Si j’ai bien compris, cette performance à déjà été présentée et elle le sera à nouveau afin de favoriser un rapprochement entre les travailleuses et travailleurs du sexe brésiliens et les spectateurs suffisamment ouverts et curieux pour s’intéresser à une programmation de ce genre.


Des conférences qui se démarquent!

WOMEN'S BODIES ARE SHOPS- belief’s about transactional sex and implications for understanding gender power and HIV prevention in Tanzania
Cette présentation m’a fascinée. Elle illustre très bien comment les construits culturels d’une société peuvent favoriser les services sexuels comme monnaie d’échange. Comment l’art de la séduction et du désir peuvent servir la reconnaissance du pouvoir des femmes. 46 entrevues ont été réalisées de même que 17 groupes focus dans une communauté du nord de la Tanzanie où les mœurs encouragent le travail du sexe chez les femmes.

Il semble que ce type d’échange soit normalisé et même valorisé puisqu’il correspond à l’unique et exclusive sphère de la vie où s’exerce le pouvoir des femmes sur les hommes. Néanmoins, cette forme de travail du sexe entraîne une augmentation des risques liés au VIH/SIDA.

Les chercheures se sont intéressées aux perspectives différenciées des hommes, des femmes et des mères de ces dernières face à cette réalité, afin de faciliter la compréhension des enjeux et de proposer des pistes d’interventions préventives quant aux risques de transmission des ITSS et du VIH/Sida.

La perspective des hommes
• Le sexe n'est jamais gratuit et ne devrait jamais l'être - "You have to get money to get meat"; certains font même une analogie avec le comptoir d'un boucher, en comparant les pièces de viande aux parties intimes de la femme.
• Les hommes vont chercher leur plaisir et réitèrent leur masculinité en utilisant les services sexuels.

La perspective des femmes
• Les femmes qui ne demandent rien en échange des services sexuels qu’elles offrent sont des prostituées. Ce sont des femmes considérées faciles et stupides. Elles n’exercent pas le pouvoir qui leur est exclusif.
• Elles considèrent leur vagin comme une magasin qui offre un produit au plus offrant. Une vente aux enchères en quelque sorte.
• Les femmes se considèrent chanceuses d’être nées femmes et de pouvoir exercer ce pouvoir sexuel.

Je comprends donc que la prostitution est aussi stigmatisée dans cette culture, mais d’une façon différente. C’est donc la valeur des faveurs et cadeaux obtenus en échange de la relation qui mesure la reconnaissance des femmes. Leur corps leur permettent  d’actualiser un pouvoir dont elles ont le devoir de se servir.

La perspective des mères des femmes
• Le sexe ne devrait pas être gratuit. Elles diront aussi de façon péjorative «cette fille est gratuite». On comprend donc qu’elles la perçoivent comme «perdue» ou «souillée».

Ces entretiens ont permis de comprendre le lien étroit existant entre le pouvoir du genre et les transactions du sexe. Ces femmes ont le pouvoir de choisir leurs partenaires et ce, en fonction de ce qu’ils leur offrent en échange.

Les résultats de cette recherche ont aussi permis d’évaluer combien ce pouvoir diminue quand la relation se développe à long terme. Le taux de transmission des ITSS et du VIH/Sida est aussi particulièrement élevé. Les femmes perçoivent les risques que sont «la grossesse, les ITSS et le VIH/Sida» en termes de «pertes», évoquant ici les risques liés à leurs transactions.

Piste d’intervention
Il est nécessaire d’intégrer la prévention dans la négociation sexe-rétribution. Le pouvoir sexuel doit être utilisé à cette fin.

MSM, TRAVESTIES, TRANSSEXUALS PROMOTERS IN SEXUAL HEALTH, STD, AND HIV/Aids in CUBA
Ce projet de Mayra Rodriguez (CENESEX, Cuba) consiste en une formation de promoteurs de santé sexuelle qui met l'emphase sur les risques de transmission des ITSS et du VIH/Sida chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, incluant les travestis. Dans chacune des provinces cubaines, des promoteur-es de la santé sexuelle ont suivi cette formation qui aborde ces thèmes d’apprentissage :
• l’estime de soi
• la définition de leur conception de la sexualité
• l’utilisation du condom et la négociation
• les expériences de violence.

La méthodologie de la recherche incluait des entrevues individuelles, des groupes focus, des vidéos suivis de débats et des visites sur les sites de rencontres des hommes.

Parmi les leçons apprises dans le cadre de ce projet, les indicateurs démontrent un taux de prévalence élevé chez les groupes ciblés et, plus particulièrement, chez les hommes travestis qui ont des relations sexuelles avec des hommes et des femmes.

Pistes d’action
La chercheure insiste aussi sur la nécessité de créer des espaces protégés pour ces groupes, de connaître leurs codes et de gagner leur confiance. Il faut proposer des thèmes collés à leur réalité et prévoir des heures nocturnes pour le travail de promotion de la santé sexuelle.

Il serait possible de reproduire ce projet dans différentes zones du pays. Les données sont généralisables et le concept, tout à fait transférable.

En conclusion, les résultats du volet intervention de cette recherche-action ont favorisé l'intériorisation de l'importance de la prévention chez les participant-es. Ils ont mené à la création d’un espace de rencontre pour les travestis dans CENESEX, à l’intégration de participant-es dans des écoles spécialisées ou dans des centres de travail, ainsi qu’à une diminution de la violence dans leur mode de communication en groupe. Finalement, le projet est parvenu à sensibiliser certains décideurs.

ID CARDS THAT REFLECT GENDER IDENTITY CAN PLAY ROLE IN REDUCING VULNERABILITY OF TRANSGENDER SEX WORKERS
Cette présentation de V. Riascos Sanchez (Colombie) sensibilisait à la réalité de certains groupes de travailleurs et travailleuses du sexe transgenres de la Colombie rejoints par l’association Santamaria, fundacion GLTB. Ce groupe milite pour la création d’un carnet d’identité qui permettrait une reconnaissance de leur nouvelle identité de genre.

La création du carnet d’identité vise à répondre à trois besoins principaux exprimés par les groupes engagés :
• obtenir un papier d’identité officiel qui oblige les services institutionnels à reconnaître leur positionnement identitaire
• voir cesser l’assimilation directe entre leur positionnement identitaire et le groupe des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes
• contraindre les écoles et les lieux de travail à cesser de leur imposer le code vestimentaire de leur sexe biologique.

Le modèle du carnet élaboré a été présenté dans le Power Point. L’une des spécificités du document prévoit à l’endos un rappel des droits des personnes transgenres.

Le processus prévu pour favoriser la reconnaissance de ce document comprend un travail de sensibilisation auprès des services policiers et des services de santé afin d'en faciliter l’accès aux personnes trans.

Finalement, les informations recueillies sur les besoins des personnes rejointes dans le cadre de ce projet peuvent être généralisées pour d’autres régions du pays.

Cocktail de la délégation canadienne
La journée s’est terminé par un, somme toute, agréable petit cocktail de bouchées «fancy» au restaurant du Centre Banamex. Ce «6 à 8» était organisé par Santé Canada pour permettre à notre délégation nationale de se mettre en réseau dans un cadre convivial. Pour ma part, j'ai quitté à l’heure des discours, donc je ne saurais vous en dire davantage.

Mexico 2008 >